Quatrième rencontre littraire avec Paul de Brancion 10 janvier 2018

Il est des livres qui se laissent oublier dans les rayonnages des bibliothèques mais… l’Ogre du Vaterland de Paul de Brancion aux éditions Bruno Doucey n’est pas de ceux là. Il a une couleur provocante, agressive qui force la curiosité et qui le rend inoubliable.
Il est des livres qui font rêver ou qui apaisent, dans lesquels on se glisse avec délice mais… L’Ogre du Vaterland n’est pas de ceux là.
Il est des livres faciles à aborder, à ranger dans telle ou telle catégorie : autobiographie, roman, essai, poésie… mais l’Ogre du Vaterland est tout autre ou tout cela à la fois.


Deuxième face d’un diptyque commencé en 2011 avec Ma Mor est morte (mor en danois signifie mère) qui évoquait cette mère dévorante, détruisant tout autour d’elle et qui a conduit Paul de Brancion à écrire un texte en trois langues anglais, danois et français pour parvenir à  apaiser la haine et aboutir à une relative compassion. Ce diptyque s’achève en 2017 avec l’évocation de ce père Léon Jacques, homme fermé, taciturne, totalement indifférent, distant, absent, autoritaire, avide, cupide… Pour mettre un peu de distance,  pour pouvoir exister face à cet ogre Paul de Brancion va utiliser deux moyens. En écho à ce qu’il raconte, il choisit des extraits principalement dans les contes de Perrault et il ne dit jamais « je » mais utilise,  comme un masque, la traduction allemande de ce pronom personnel « ich » qui de plus « rappelle le comportement fasciste de mon père » .

Eric Pessan évoque  Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim « tout conte de fées est un miroir magique ». Paul de Brancion avait d’abord pensé utiliser en écho le Roi des Aulnes de Goethe mais après avoir relu les contes de Perrault il a été émerveillé par le style, la précision, le réalisme. Ces appels aux contes de fées permettent de mettre un peu de respiration, de rêve dans ces évocations familiales très violentes sans  perdre en intensité puisqu’ils se font l’écho de ce qui est rapporté. Toutefois on n’échappe pas à son héritage. « Ce que j’ai de lui je ne l’aime pas mais il faut réussir à vivre avec et l’accepter ». « Léon Jacques n’a pas réussi à me faire mordre la poussière. Ich n’ai pas cédé. Ich n’ai rien concédé. Ich n’ai pas viré de bord. Ce fut un combat sans parole. »

Certains passages choisis par Eric Pessan ne manquent pas d’humour. Page 85 par exemple. « Il a vécu en otage de l’argent. Utilisant sa progéniture comme on engage des bijoux de valeur au Crédit municipal. Nous étions au clou, promis à la vente aux enchères. Viens dire bonjour à ton oncle (13%) et à ta tante (22%). Ça fait plus de 33%, la minorité de blocage.. »
C’est un livre provoquant, dérangeant parfois même perturbant qui renvoie à nos propres expériences de fils ou de fille, de père ou de mère… sans qu’il soit possible de s’identifier à cette fureur joyeuse qui au fil des pages devient de plus en plus obsédante.

Paul de Brancion a publié des romans  mais aussi de la poésie citons Le Château des étoiles éditions Libretto, Rupture d’équilibre, le marcheur de l’oubli, Tu-rare, Petit Fennec et autres lapins chez Lanskine. Il est rédacteur en chef et fondateur de la revue Sarrazine, revue littéraire. Chaque numéro s’attache à un mot par exemple « écartelé », « nuit », « cercle », « Java »…et regroupe des contributions variées de 2 à 10 pages.

Merci à la bibliothèque de la Turballe pour l’accueil et le soutien.

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