Soirée d’échanges de la vie littéraire du prix Grain de Sel avec Eric Pessan

J’ai un chagrin d’amour avec le monde entier…ce titre du livre d’Eric Pessan paru aux éditions du Chemin de fer est emprunté à Jean Eustache (auteur de la Maman et la Putain) cinéaste trop tôt disparu. Ce livre marque un lien et presque un hommage à ce cinéaste puisqu’au delà du titre Eric Pessan imagine son roman comme un film tourné par cette femme à la recherche des hommes qu’elle a aimés  et sans doute du seul homme qu’elle ait jamais aimé. Chaque séquence s’achève par un fondu au noir marqué par un petit signe typographique.

Comme Jean Eustache et beaucoup d’hommes et de femmes de cette génération, l’héroïne veut vivre libre : « Je n’accepte pas les chaînes. Je n’accepte pas de vivre une vie qui ne soit pas la mienne »(page 42)…. Eric Pessan parvient à pénétrer les sentiments, les réactions, les désirs de cette femme au prix d’une écriture que certains qualifient de féminine. En effet Eric Pessan entre en empathie avec ses personnages, épouse leurs pensées, leurs désirs, leur logique, parfois même leur folie … »je lui demande s’il a déjà mangé de la terre… » (page 46)…

L’écriture est ici charnelle. Cette femme libre prend des initiatives et fait, sans doute, un peu peur aux hommes qu’elle rencontre. Eric Pessan reste là dans les schémas classiques voire romantiques du rôle de la femme et de l’homme dans la relation  amoureuse. L’amour est souvent impossible par crainte de l’échec.

Eric Pessan affirme ne pas avoir d’imagination mais il sait observer la vie, scruter les sentiments, disséquer les relations au point de rendre sa fiction terriblement vraisemblable. Pour écrire il a besoin de vivre dans le cadre qu’il imagine. Il part de cette réalité pour bâtir sa fiction et, qu’il le veuille ou non, son imagination est à l’œuvre lorsqu’il crée, met en scène, utilise le jeu comme fil conducteur ici le test de  Vollmer-Burroughs. Le jeu devient alors un accessoire du langage.

Eric Pessan écrit comme « s’il lançait un filet ». Dans ce filet chacun peut y faire rentrer ce qu’il veut. Il laisse de la place aux acteurs mais aussi au lecteur.

Les éditions du Chemin de Fer ont la particularité de demander à un artiste de prolonger le texte par des dessins sans que l’auteur ait son mot à dire.  Ce livre a été pensé graphiquement par Sylvie Sauvageon. Comme le roman se déroule tout au long de la vie d’une femme, elle a choisi de reproduire son  propre visage a différents moments de sa vie en obscurcissant certaines parties tout comme le récit fluctue, révèle certains aspects de la vie d’une femme en mettant dans l’ombre d’autres aspects.  Sa peinture, toujours identique et pourtant toujours différente, révèle partiellement sa personnalité. Ce visage de femme  a aussi, curieusement,  des aspects masculins tout comme l’héroïne….

 

Rappelons les diverses publications d’Eric Pessan aux éditions du Chemin de Fer :

  • L’écorce et la chair
  • Un matin de grand silence
  • La fille aux loups

Aux éditions de l’Attente :

  • Parfois je dessine dans mon carnet

Aux éditions le Réalgar

  • Lettre ouverte au banquier séquestré dans ma cave

Mais Eric nous fait part d’une dernière publication qui lui tient à cœur qui vient de paraître chez Fayard : Quichotte-Autoportrait chevaleresque. L’occasion pour Eric de se demander ce que ferait Don Quichotte s’il revenait aujourd’hui. Comment combattre les situations totalement absurdes que nous révèle le monde d’aujourd’hui ?

« Et si, mieux encore que la consolation, de la littérature venait le salut ? »

 

Merci à Catherine Gaultier-Rousse de nous avoir accueillis dans sa librairie et de nous avoir permis de passer une agréable soirée d’échanges et de remise en cause de notre regard.

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