Deuxième rencontre de la vie littéraire avec Thierry Bodin-Hullin

Mercredi 15 novembre nous étions conviés à un voyage immobile avec Thierry Bodin-Hullin. Notre huis clos était à la galerie Art Escale du Pouliguen : endroit de rêve pour essayer de s’approprier Chronique d’un échouage de Nora Mitrani et pour nous laisser éblouir l’œil et l’esprit.

A l’origine de ce livre des rencontres lors d’une vente aux enchères à Nantes en 2008 consacrée à Julien Gracq. Rencontre, à travers une photographie, de Nora Mitrani dont le visage mélancolique va poursuivre Thierry. Rencontre de Dominique Rabourdin, spécialiste de Julien Gracq et du surréalisme que le hasard avait placé à côté de lui. Dominique Rabourdin va être le « passeur » de ce seul texte narratif de Nora Mitrani (1921-1961). Femme libre, artiste, intellectuelle (philosophe, sociologue), écrivaine, muse d’Hans Bellmer, amie d’André Breton elle participe activement au courant surréaliste d’après guerre et sera la compagne de Julien Gracq de 1953 à sa mort.
Chronique d’un échouage n’avait jamais été publié de façon autonome. Il l’avait seulement été dans un ouvrage collectif publié en 1962 par Françoise Mallet-Joris et avait été intégré dans un ensemble de textes de Nora Mitrani réunis par Dominique Rabourdin chez Losfeld en 1988.

Ce texte est révélateur d’une certaine nostalgie propre aux années cinquante. Le voyage commence en méditerranée dans une certaine insouciance entre Cassis et Marseille. La remontée du Rhône va être l’occasion d’être confronté à la monotonie, à la tristesse de Port-Saint-Louis, à l’évocation de souvenirs d’autres expéditions, au désir de découvrir des paysages que le regard ne fait qu’imaginer, au mistral qui rend fou ….

L’échouage est un « drame confortable » puisqu’il n’y a pas de réel danger, la rive est proche.  Le huit clos qui s’en suivra révèlera les difficultés de communication. L’attente semblable à celle de la fin du monde sera le révélateur des personnalités de chacun et du lien viscérale qui unit le Capitaine à son bateau. Ce que Thierry Bodin-Hullin a su nous faire partager en lisant avec conviction quelques extraits.

Chronique d’un échouage peut se lire, se relire, s’interpréter sans jamais donner l’impression d’en avoir découvert l’entière signification. Femme secrète, complexe Nora Mitrani le révèle dans toutes ses œuvres.

Un très grand merci à Sophie pour son accueil chaleureux et à Thierry Bodin-Hullin pour sa passion « des livres qui cherchent, à travers les mots et les images, à rendre le lecteur plus rêveur, autrement dit plus vivant. »

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